81.
Cette vision la tire brutalement de son coma. Cassandre hurle, la bouche contre le plastique. Cela le fait gonfler, mais l’enveloppe est vraiment épaisse. Elle cherche à y planter ses griffes et ses dents, sans résultat. C’est trop épais.
Prise de panique, elle se débat avec frénésie. La vapeur de sa respiration rend le plastique opaque, elle commence à s’asphyxier. Le visage écarlate à force de crier, elle s’affaiblit et s’étouffe toute seule dans l’emballage hermétique qui lui sert de linceul.
L’air qui pénètre dans ses poumons est de plus en plus pauvre en oxygène. Le gaz carbonique l’empoisonne. Ses tempes bourdonnent, elle respire bruyamment, de plus en plus difficilement, quand soudain l’enveloppe se déchire, tout près de sa joue.
Des dents tranchent le film transparent. Une truffe humide. Un museau marron poilu. C’est le renard Yin Yang qui a fouillé sous les ordures et l’a retrouvée.
À coups de dents, elle déchire le plastique tel un oisillon sortant d’un œuf mou. Elle creuse, fouisse, et se dégage de la montagne de poupées. À genoux, les poumons en feu, elle respire avec force l’air du dehors, dont la puanteur lui paraît délicieuse. Le renard reste à ses côtés, la gueule tournée vers elle.
Elle hurle de toutes ses forces. Le renard glapit avec elle.
Et dans le cri de la jeune fille aux grands yeux gris clair, il y a le bonheur d’être vivante et l’envie d’agir.